Doumga Lao : les femmes font revivre l’art ancestral de la poterie

Dans la commune de Doumga Lao, dans le département de Podor, elles travaillent dans la discrétion, loin des projecteurs et des grandes cérémonies. Entre terre, eau, cendre et peinture, des femmes perpétuent un savoir-faire transmis de génération en génération : la poterie traditionnelle.
Elles fabriquent des canaris, des récipients et divers objets utilitaires, qu’elles commercialisent ensuite dans les marchés hebdomadaires. Une activité ancestrale devenue aussi une source de revenus et une contribution concrète à l’économie familiale.
Assise devant ses outils de travail, Koudy Guissé raconte avec fierté l’origine de son savoir-faire.
« Depuis l’âge de 20 ans, je pratique cette activité. C’est ma mère qui me l’a enseignée. »
Avec des gestes précis, hérités de longues années d’expérience, elle explique les différentes étapes de fabrication. Il faut d’abord rassembler les matériaux nécessaires, préparer la matière, lui donner progressivement la forme souhaitée, avant de procéder au séchage et à la cuisson. De cette terre naissent ensuite des canaris et différents récipients, destinés à l’usage quotidien ou à la vente.

Une fois les produits terminés, les potières prennent la direction des marchés hebdomadaires.
« Une fois ces produits finis, nous les amenons au niveau des marchés hebdomadaires. Les prix varient entre 2 000 f, 3 000 f, 4 000 f, 5 000 f francs CFA voir plus.
Certains clients passent également des commandes, surtout pendant les périodes de chaleur. »
La poterie reste ainsi une activité économique importante pour ces femmes. Elle leur permet de disposer de revenus propres et de participer aux charges du foyer.
Un savoir-faire qui évolue avec le temps
À ses côtés, Djimb Kénémé, sa coéquipière, s’occupe notamment de la finition des objets. Là encore, les pratiques ont évolué sans pour autant faire disparaître l’héritage des anciennes générations.
« Nos parents utilisaient la cendre. Actuellement, nous utilisons de la peinture Lassaut pour la finition. Dieu merci, nous arrivons à écouler tant bien que mal nos produits. Nous participons à la vie familiale. »
Les anciennes techniques demeurent donc présentes dans les gestes et dans la mémoire, tandis que de nouveaux matériaux et de nouvelles méthodes viennent progressivement s’y ajouter.
Dans cette partie du Fouta, la poterie n’est pas l’unique activité pratiquée par les femmes. Certaines s’investissent également dans la teinture, d’autres dans la couture ou dans diverses activités génératrices de revenus.
Des femmes qui entreprennent sans attendre.
Au-delà de la poterie, ces femmes veulent surtout être reconnues comme des actrices du développement local. Elles insistent sur leur volonté de prendre leur destin en main, avec leurs propres moyens.
« Nous sommes engagées pour le développement. Nous n’avons pas attendu l’aide pour commencer, ni demandé qui que ce soit. Nous sommes parties de nos propres moyens, en travaillant sans relâche, dans la dignité. »
Pour Mme Diongue, le travail constitue également une question de dignité et de responsabilité sociale. Selon elle, le respect et la véritable valeur d’un être humain se mesurent aussi à son apport à la société.
Ces femmes travaillent ainsi, sans bruit et sans tambours ni trompettes. Elles cultivent leurs propres activités, gagnent leur vie et contribuent aux besoins de leurs familles, tout en préservant un patrimoine culturel transmis par leurs mères et leurs grands-mères.
Préserver le patrimoine, accompagner l’initiative.
À Doumga Lao, leurs productions racontent une histoire : celle d’un savoir-faire féminin ancestral, mais aussi celle de femmes qui refusent de rester spectatrices du développement de leur territoire.
Leur engagement constitue un exemple concret de développement à la base, fondé sur le travail, l’initiative et l’autonomisation économique. Mais pour aller plus loin, ces potières ont besoin d’un meilleur accompagnement : accès aux équipements, amélioration des conditions de production, formation, financement, valorisation et accès à des marchés plus importants.
Ces femmes de Doumga Lao et du monde rural, méritent donc une attention particulière des autorités locales, des services de l’État et des partenaires au développement. Accompagner leur activité, c’est à la fois soutenir l’autonomisation des femmes, renforcer l’économie familiale et contribuer à la sauvegarde d’un patrimoine culturel précieux du Fouta.
À Doumga Lao, la terre entre leurs mains devient un objet utile, une source de revenus et surtout un symbole de dignité.
Ousmane Macka LY
Journaliste
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