Je suis informaticien, alors j’ai un petit avantage : j’ai déjà vu ce film plusieurs fois.(Par Aboubacry Diallo)

À chaque nouvelle technologie, l’humanité annonce la fin du monde.
Il y a 60 ans :
« Les ordinateurs vont remplacer les humains. »
Les humains ont survécu. Ils ont simplement remplacé leurs machines à écrire par des ordinateurs.
Puis Internet est arrivé :
« Internet est dangereux. Il va détruire la société. »
Aujourd’hui, ceux qui disaient ça font leurs démarches administratives sur Internet, travaillent avec Internet, commandent sur Internet et cherchent sur Internet comment fonctionne Internet.
Puis le téléphone portable :
« Les gens ne vont plus communiquer. Ils vont devenir dépendants. »
Résultat : nous avons tous un ordinateur dans la poche, avec une caméra, un GPS, une banque, une bibliothèque, une télévision et un moyen de communiquer avec la planète entière.
Et maintenant, l’IA.
« L’IA est dangereuse ! Elle va remplacer l’homme ! »
Bienvenue dans l’épisode suivant.
Je suis presque impatient de voir la technologie qui viendra après l’IA.
Parce qu’à ce moment-là, les mêmes personnes diront probablement :
« Cette nouvelle technologie est incontrôlable ! Il faut absolument conserver l’IA. Au moins, l’IA, on sait à quoi s’attendre. »
C’est magnifique.
On passe notre temps à avoir peur du futur, puis on finit par regretter le passé.
Le scénario est toujours le même :
Nouvelle technologie → peur → indignation → interdictions proposées → adoption massive → dépendance → nostalgie de la technologie précédente.
Le problème n’est peut-être donc pas la technologie.
Le problème, c’est notre étrange habitude de demander à un outil d’être responsable des mains qui le manipulent.
Un couteau n’est pas dangereux parce qu’il sait couper.
Une voiture n’est pas dangereuse parce qu’elle sait rouler.
Internet n’est pas dangereux parce qu’il sait transmettre.
Et une IA n’est pas « méchante » parce qu’elle sait calculer, générer ou automatiser.
Ce qui compte, c’est l’utilisation qu’on en fait, les règles qu’on impose et les responsabilités qu’on accepte d’assumer.
Mais c’est tellement plus confortable de dire :
« C’est la technologie qui est dangereuse. »
Ça évite surtout de regarder celui qui est derrière le clavier.
Et puis, soyons honnêtes.
L’humanité a inventé le feu, la roue, la poudre, l’électricité, Internet, les réseaux sociaux…
Et après chaque invention, elle a trouvé le moyen de dire :
« Cette fois, c’est différent. Celle-là va vraiment nous détruire. »
Alors j’attends tranquillement la prochaine invention.
Et quand elle arrivera, je sais déjà ce qui se passera.
On dira qu’elle est dangereuse.
On demandera de l’interdire.
On expliquera qu’avant, tout était mieux.
Puis on finira par l’utiliser tous les jours.
Et cinquante ans plus tard, un autre informaticien écrira probablement :
« Il y a cinquante ans, ils avaient peur de cette technologie. Aujourd’hui, ils ont peur de celle qui vient après. »
Au fond, le progrès n’a peut-être jamais été le véritable problème.
Le véritable problème, c’est que l’humanité veut toujours que le futur lui demande la permission d’arriver.
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