« Quand la résistance s’impose »(Djibril Diaw )

« Si régime démocratique est synonyme de système politique où le multipartisme est reconnu et accepté, le Sénégal peut être considéré comme un pays qui a connu un système démocratique avant l’indépendance en 1960. Le parcours du Sénégal pour la recherche d’une identité politique est riche d’enseignements comme le montrent les auteurs du livre Visages publics du Sénégal: 10 personnalités politiques parlent, publié en 1990. En effet, le pluralisme politique, la liberté de presse, l’organisation régulière d’élections présidentielles et législatives font partie de la culture démocratique au Sénégal. Mais le régime au pouvoir ne semble pas répondre à l’attente démocratique de beaucoup de Sénégalais. » Ce sont en ces termes que l’universitaire Moussa DAFF publiait dans le manifeste Réglage de sens du concept « démocratie » au Sénégal.

La démocratie sénégalaise jadis vantée, est aujourd’hui un papier bon à allumer un fourneau pour le fameux ‘ataya’ quotidien.
Il faut dire que depuis l’éclatement de la plainte pour viol et menaces de mort, ce qui est appelée l’affaire Adji Sarr/Ousmane Sonko, la démocratie sénégalaise n’a connu autant de remous sismiques et convulsifs.

Depuis le 15 février, on enregistre tristement un ballet des arrestations qui s’enchaîne de jour en jour, sans trêve.
Fatima Mbengue, membre active du mouvement FRAPP-France dégage et sa carmarade Patricia Mbengue ont été arrêtées pour « menaces de troubles à l’ordre public » par la Division des Investigations Criminelles (DIC). S’en suivirent des arrestations de Birame Souleye Diop, administrateur de pastef et Abass Fall, coordonnateur de Pastef Dakar. Ils sont placés sous mandat de dépôt le 24 février, après avoir été inculpés pour « association de malfaiteurs, complicité de diffusion de contenus contraires aux bonnes mœurs, menaces de voie de fait et violence ».
Ce qui semble plus spectaculaire dans ces opérations de traques, ce sont les arrestations de Guy Marius Sagna, Assane Diouf et Cléfor Sène qui sont, eux, cueillis à leurs domiciles respectifs, le lundi 22 et mardi 23 février. Ils ont été déférés directement devant le parquet le jeudi 25 février pour y répondre des faits de « troubles à l’ordre public » et d’actes « de nature à compromettre la sécurité nationale », après la diffusion d’un message audio sur Whatsapp appelant à la mobilisation en cas d’éventuelle levée de l’immunité parlementaire du député Ousmane Sonko.
A Ziguinchor, c’est un soldat de la craie, un enseignant qui est arrêté au sein de son école le mercredi 24 dernier.
Tous ont le même dénominateur commun, celui d’être des activistes, défenseurs de nos droits et libertés fondamentaux.

Dès lors, l’on s’interroge sur ce qui motive ces arrestations tous azimuts.
Le sénégalais n’a pas la mémoire courte, à moins qu’on le lui laisse croire. Cela ne date pas longtemps qu’un parlementaire du nom de Aliou Dembourou Sow, membre de l’Alliance pour la république (APR), déclarait, sur la question de troisième candidature du président Macky, qu’il faudra, au besoin, prendre des machettes pour combattre quiconque s’y opposerait.
Et pourtant, après la tenue d’une telle déclaration dont tous les éléments constitutifs d’une menace à la cohésion nationale sont présents, il n’a nullement été inquiété. Aucune levée de son immunité parlementaire n’a effleuré l’esprit des députés de la majorité. Et plus grave, il continue étonnamment de siéger au secrétariat exécutif du parti Alliance Pour la République (Après), sous la bénédiction de son chef, Macky Sall président de la république.
Dans le même ordre des choses, on peut évoquer la sale brouille qui a opposé le député Farba Ngom à son collègue et camarade de parti Moustapha Cissé Lô.
Ces deux énergumènes, connus pour leur irresponsabilité, se sont donnés en spectacle dans des injures qui frissonneraient même les enfants bien éduqués.
Mais, seul le député Moustapha Cisse Lo a été sanctionné. Farba Ngom est resté intouchable comme Aliou Dembourou Sow. POURQUOI?

Pour ne pas succomber à la tentative de dresser l’interminable liste des cas odieux, on se limite à ces quelques illustrations pour caractériser le régime actuel.
Ce qu’on reproche au pouvoir en place est visible et constaté par le moins informé de la marche du pays. Il est noté une instrumentalisation inouïe, sans retenue, des pouvoirs publics sur d’honorables citoyens, épris de justice et de respect de nos institutions.
Malheureusement , on note une trahison de la part de certaines sommités sénégalaises qui sont devenues muettes, spectatrices voire complices de la forfaiture, en renonçant à leur devoir d’être actrices et l’hypocrisie des transhumants politiques qui se lient facilement de « courtoisie » avec le pouvoir en place, indifféremment aux règles élémentaires de la morale.

Cet piteux état de fait a heureusement provoqué un sursaut c’est à dire la naissance de nouvelles initiatives et de formes de résistance: l’implication active des jeunes dames et jeunes hommes dans le combat de la société civile. Ces vaillants citoyens, épris de justice sociale et dotés de véritables valeurs morales, refusent de rester passifs face aux vibrations d’une machine de répression que le pouvoir utilise pour instaurer une injustice sociale.

En réalité, depuis l’avènement du Président Sall au pouvoir, les libertés sont terriblement bafouées; les emprisonnements enregistrés dans les rangs des mouvements citoyens et structures comme ONG, sont innombrables. Jamais autant de marches n’ont été interdites que sous le régime actuel.

Le mépris des gouvernants envers les gouvernés est inqualifiable.
Des détournements flagrants et impunis des autorités se font tous les jours sous le nez et la barbe de tous.
A ce triste spectacle s’ajoute une arrogance blessante des dignitaires du régime.

Alors, nous devons résister pour juguler ce processus qui nous entraîne vers le bas, vers notre perte.
Nous devons résister face aux abus du pouvoir;
Nous devons résister face à cette traque d’opposants;
Nous devons résister face à ces arrestations de nos semblables;
Nous devons enfin résister pour que notre démocratie fragile en construction ne s’effrite pas davantage.

Aujourd’hui plus que jamais nous tenons à apporter notre soutien aux détenus arbitraires par une justice sélective qui pense pouvoir désarmer les citoyens dans leur combat pour la justice par ces veilles méthodes soviétiques indignes de notre pays au 21éme siècle.
Aux forces de l’ordre, je tiens à lancer un message: ne soyez pas tenues d’executer des ordres illégaux, surtout s’ils ne sont pas dans le sens de protéger nos compatriotes.
Vous êtes les forces de l’ordre de la nation et non du régime.

Djibril Diaw
Citoyen sénégalais

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